Denise Laferrière

L'architecture de Chicago : époustouflant!

En mai dernier, j'ai visité, pour la première fois, Chicago, la ville des vents. Premier constat : la richesse qui se dégage du quartier financier du cœur du centre-ville par le foisonnement des gratte-ciels , tous, fort différents mais qui participent à la démesure du lieu comme exultation de la modernité. Ce qui frappe tout autant c'est le lac Michigan, immense mer intérieure qui sert d'écrin grandiose à cet étalage d'un cadre bâti exceptionnel.

Chicago jouit d'un emplacement stratégique au cœur du continent américain à la fois comme carrefour de plusieurs plans d'eau très importants, notamment les grands lacs ainsi que le fleuve Mississipi. Puis, plus tard, Chicago a servi de tête de pont pour le développement de nouvelles frontières alors que toutes les voies ferrées devaient s'arrêter à Chicago avant de poursuivre plus avant l'établissement des colons dans l'ouest du pays. Aujourd'hui encore, Chicago est la deuxième ville américaine la plus importante pour le trafic aérien, signe que sa prépondérance commerciale comme lieu d'échange se maintient toujours au XXIième siècle.

L'apport d'immigrants de toutes origines y compris les noirs américains après la fin de la guerre de sécession ont permis à ces gens de vivre le rêve américain c'est-à-dire de se réinventer dans un nouveau lieu en toute liberté, sans complexe et avec beaucoup de créativité. Le blues s'est développé ici; Barack Obama et Oprah Winfrey y ont fait leur marque. Al Capone, le célèbre gangster a fait fortune ici. Plusieurs grands manufacturiers, Pullman (wagon de train) Wrighley (gomme à mâcher), Palmolive (savons) ont construit des édifices pour rappeler au monde leur influence dans le panorama de leur ville.

Mais plus que tout, Chicago fait parler d'elle à cause de son architecture. La tour Sears qui s'appelle maintenant Willis est toujours le plus haut gratte-ciel américain à 1454 pieds mais cette construction rappelle les centaines d'immeubles qui ont parsemés le cœur de la ville avec l'innovation des poutres d'acier et du verre pour en faire la marque de commerce de la ville moderne. La verticalité exacerbée du John Hancock Building résulte dans la manière de peaufiner ce qui fait l'essence même du gratte-ciel tout en protégeant la sécurité du bâtiment des vents forts omniprésents au bord du lac Michigan. En effet des poutres apparentes en diagonale sur une hauteur de dix-huit étages chacune permet de réduire le poids de l'armature d'acier tout en contrant l'effet de torsion due aux vents.

À partir du grand feu de 1871 où les 3/5 des édifices furent détruits, on assiste à ce moment à un grand renouveau au plan architectural comme au plan des inventions techniques. Il fallait reconstruire et réinventer la ville et c'est Louis Sullivan qui a décrit clairement le rôle de l'architecture : « La forme suit la fonction ». Sullivan construit un hôtel de 400 chambres sur dix étages ainsi qu'un auditorium et un théâtre de même qu'une tour de huit étages qui sert d'observatoire. C'était la première fois qu'un édifice avait de multiples usages et, en même temps, c'était aussi la première fois qu'on avait la climatisation partout dans l'édifice.

À la fin du XIXe siècle et ce, jusqu'à la fin des années vingt, on peut voir de magnifiques exemples d'immeubles s'inspirant de l'art déco tel que le Wrighley building, le Tribune Tower qui fit l'objet d'un concours d'architecture du journal de Chicago, le 35, East Wacker Drive, le Chicago Board of Trade et le Merchandise Mart démontrent la maîtrise exceptionnelle du langage architectural.

Le Carson Pirie Scott construit en 1899 montre comment la fonction commerciale de vente au détail a eu une grande influence sur le type d'architecture proposée. On utilise de grandes fenêtres afin d'y exposer la marchandise sous l'œil des passants afin de les attirer à l'intérieur du magasin. De même, l'ornementation florale de métal sur les deux premiers étages et des rotondes aux coins de l'immeuble font en sorte de mettre l'accent sur l'intersection de deux grandes artères de Chicago soit les rue Madison et State pour un maximum d'exposition.

Entre la dépression et la fin de la 2e guerre mondiale, l'activité économique est au ralenti ou au service de l'effort de guerre. C'est le calme plat mais un nouveau joueur va faire une entrée fracassante dans le milieu de l'architecture : Mies van der Rohe qui va réécrire ce qu'est cet art en disant : « Less is more. » C'est l'école du minimalisme qui prend son envol avec des constructions austères sans aucun détail architectural sauf pour célébrer le rôle du verre et de l'acier : le complexe du centre fédéral où se trouvent la CIA et le FBI en est un exemple patent.

Pour ma part, je préfère l'exemple plus flyé des tours jumelles de Marina City de Bertrand Goldberg qui par leurs formes ressemblent étrangement à deux épis de maïs debout alors que les premiers dix-huit étages servent de stationnement et que les étages au-dessus sont des appartements, bureaux, cinémas, épicerie, marina qui regroupent en un seul lieu tous les usages nécessaires à la vie urbaine. J'ai vu à Seattle une réplique de ces deux tours lors d'un voyage de formation.

Un dernier exemple de l'éclectisme et du post modernisme présent dans l'architecture de cette ville, le James R. Thompson Center de l'architecte Helmut Jahn. Cet édifice de 16 étages est le siège de l'administration de l'état de l'Illinois et représente la superposition de trois dômes. L'intérieur de l'édifice est complètement ouvert et les bureaux donnent tous sur une agora centrale où on retrouve des magasins au rez-de-chaussée. La maxime qui explique le mieux sa conception de l'architecture est : " Si c'est utilisé, on devrait le voir " d'où les infrastructures mécaniques apparentes tel que les escaliers, l'assemblage interne du toit, etc.

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Denise Laferrière
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